Famille nombreuse = Famille heureuse ?

Famille nombreuse = Famille heureuse ?

Les familles nombreuses suscitent bien des commentaires. Les parents en entendent de toutes les couleurs. Mais, avoir trois ou quatre enfants, est-ce vraiment comme on l’imagine? Des parents parlent des commentaires qu’ils reçoivent le plus souvent. Ils racontent aussi les bons côtés et les défis de leur vie familiale.

« Ça doit bouger chez vous! »

Tous les parents interrogés le confirment : avoir trois ou quatre enfants, ça met de la vie dans une maison! Mais pour eux, ce n’est pas négatif. « Quand c’est trop calme, je trouve ça plate », note Véronique Grégoire-Lacombe, maman de trois enfants âgés de 6 mois, 2 ans et 3 ans. « Chez nous, nous sommes actifs alors ça nous va », indique de son côté Philippe Gendron, papa de quatre enfants âgés de 6 mois, 3 ans, 5 ans et 7 ans.

Bien sûr, comme dans toutes les familles, certains moments sont plus difficiles. « Le soir, nos deux filles sont plus fatiguées et elles ont tendance à se chicaner plus », constate Véronique. Mais, le bon côté, c’est que les chicanes apprennent aux enfants à résoudre leurs conflits. « Il suffit souvent de donner un coup de pouce à nos enfants pour les aider à régler leur problème », dit Philippe.

Plusieurs parents notent aussi que leurs enfants développent une belle complicité. « Les trois plus grandes sont vraiment proches », souligne Sonia Vallée, la conjointe de Philippe. Ainsi, elles s’amusent entre elles et s’entraident lorsque c’est nécessaire.

Reste qu’être une famille nombreuse entraîne parfois des difficultés. Des propriétaires peuvent, par exemple, hésiter à louer un appartement à une famille de trois ou quatre enfants de peur de recevoir des plaintes des voisins à cause du bruit. « Plusieurs étaient craintifs, raconte Yves Fouometio, originaire du Cameroun et arrivé au Québec il y a cinq mois avec sa femme Christiane et leurs quatre enfants âgés de 1 an, 4 ans, 9 ans et 11 ans. Il nous a fallu un mois pour trouver un logement. »

« Je ne sais pas comment vous faites! »

Le partage des tâches et l’aide de l’entourage sont importants pour que les choses se passent bien dans une grande famille. « On divise les tâches selon nos intérêts, explique Véronique. Moi, par exemple, j’aime plier le linge en regardant la télé. Ça me relaxe. On essaie aussi de rendre les enfants autonomes et on les encourage à se ramasser. » Ses enfants, par exemple, mettent les ustensiles sur la table avant le repas, ils desservent la table et rangent leurs jouets.

« Il y a des tâches, comme la préparation des repas, qui ne prennent pas plus de temps avec un enfant de plus ou de moins », souligne Christiane. « On s’habitue aussi à en faire plus, petit à petit, ajoute Véronique. On n’a pas eu tous nos enfants d’un seul coup! »

Lâcher prise, par exemple sur le ménage, permet aussi de réduire le stress. « Il faut apprendre à être moins exigeant quant à ce qu’on doit faire chaque jour, note Sonia. C’est bon d’apprécier chaque beau moment pour continuer d’une journée à l’autre. »

Évidemment, la fatigue est parfois présente. « Nous avons une enseigne à l’entrée de la maison : Parents épuisés, enfants heureux, lance Philippe en riant. Le plus difficile, c’est d’avoir des moments en couple. Ma mère vient garder les enfants une semaine par année pour qu’on se retrouve, ma femme et moi. » Cette année, ils feront un petit voyage, mais avec leur plus jeune parce que Sonia l’allaite encore.

Les familles recomposées représentent 19 % de toutes les familles qui ont trois enfants et plus.

L’aide des proches offre en effet un bon coup de main, mais elle n’est pas toujours possible. « Au Cameroun, on pouvait compter sur un cousin, une tante ou une grand-mère, raconte Yves. Ici, c’est différent : on n’a pas de famille et on commence tout juste à se faire un réseau. » Sonia, de son côté, se trouve chanceuse d’avoir ses parents tout près. Ils vivent côte à côte dans une maison bigénération. « Ils ne gardent pas les enfants si souvent, mais ils nous dépannent au besoin », explique-t-elle.

Et peut-on encore avoir une vie sociale avec une grande famille? Il semble bien que oui! « La plupart de nos amis ont aussi des enfants, ils sont habitués, ça ne cause pas de problème, note Sonia. Mais, il faut sortir la rallonge de la table quand on arrive! » Benoît Dussault affirme pour sa part pouvoir sortir avec sa conjointe Véronique grâce à l’aide de son entourage qui vient garder les enfants. « Toutefois, il faut parfois sortir chacun de notre côté pour voir des amis », dit-il.

« Avez-vous assez de temps pour chacun? »

Avec une famille qui s’agrandit vite, il peut sembler difficile de donner de l’attention à chaque enfant. « J’essaie d’avoir des moments où je m’occupe de tous mes enfants en même temps, dit Sonia. J’organise un jeu pour tous, par exemple. » Pour sa part, Christiane explique : « Chaque enfant a des besoins différents, il suffit de s’adapter à chacun plutôt que d’essayer de faire pareil pour tous. » Même s’ils n’ont pas toujours le temps d’avoir des moments privilégiés avec chaque enfant, les parents interrogés ne pensent pas que leurs enfants manquent d’attention.

D’ailleurs, une famille nombreuse comporte un avantage de taille : les enfants peuvent jouer ensemble. « En plus, les plus jeunes apprennent à parler et à faire toutes sortes de choses plus vite », remarque Christiane. Même constat chez Philippe. « Ma deuxième vient d’entrer à la maternelle. Elle sait déjà son alphabet et écrire des mots parce qu’elle joue à l’école avec l’aînée », raconte-t-il.

Un autre atout : les enfants deviennent vite débrouillards. « Si une de nos filles voit que je suis occupée, elle demande à ses sœurs de l’aider ou elle se débrouille autrement », raconte Sonia.

« Ça doit coûter cher… »

Oui, avoir une grosse famille coûte plus cher. Mais avoir quatre enfants ne coûte pas quatre fois plus cher! « On trouve des astuces, assure Christiane Fouometio. Par exemple, on prend les choses du plus grand pour les plus petits. »

« Les allocations du gouvernement nous aident aussi », précise pour sa part Philippe. Sa conjointe Sonia et lui travaillent, mais ils surveillent leurs dépenses. « On fréquente la friperie, on échange du linge entre parents, les filles partagent leurs jouets, ma femme cuisine beaucoup, dit-il. Là où on se prive plus, c’est sur les voyages et les activités payantes. »

Les familles nombreuses sont aussi plus fréquentes chez les immigrants. Une famille immigrante sur quatre a trois enfants ou plus.

L’auto demeure cependant une dépense difficile à éviter. « On peut encore fonctionner avec notre auto, dit Benoît. Mais si on a un quatrième enfant, on n’aura pas le choix d’acheter une minifourgonnette à sept places. » Il faut aussi de l’espace pour loger tout le monde. « Notre garçon a sa chambre, mais nos filles partagent une chambre. Elles sont encore trop jeunes pour aller dormir au sous-sol explique Véronique. Si on a un quatrième enfant plus tard, il faudra peut-être penser à déménager pour avoir plus d’espace. »

Au moment de l’entrevue, les Fouometio étaient en recherche d’emploi. Évidemment, leurs finances sont plus serrées. Idéalement, le couple aimerait que l’un d’entre eux travaille à temps plein et l’autre, à temps partiel. Cela leur permettrait de bien répondre aux besoins de leur famille et d’acheter une auto!

 

Deux adultes, deux enfants
La société actuelle n’est pas toujours bien adaptée aux familles nombreuses. Sonia Vallée, mère de quatre enfants, le confirme. « Quand il y a des forfaits familiaux, c’est souvent pour deux adultes et deux enfants. Au restaurant, les tables sont souvent pour quatre personnes. Dans les hôtels, une chambre standard compte deux lits doubles », énumère-t-elle. Véronique Grégoire-Lacombe, qui a trois enfants, observe la même chose. « Ça prendrait plus de grosses familles pour renverser la vapeur et démontrer qu’il y a de la demande pour des forfaits pour les familles nombreuses », ajoute-t-elle.
Les enfants anxieux

Les enfants anxieux

C’est normal qu’un tout-petit s’inquiète quand il vit une situation nouvelle ou un changement. Toutefois, certains enfants sont plus anxieux que d’autres. Voyez pourquoi.

L’anxiété est une réaction émotive intense face à un stress ou à une peur. « C’est une réaction de peur exagérée, précise Suzie Chiasson-Renaud, psychoéducatrice, car la réaction d’anxiété se produit même si le danger n’est pas réel. Elle peut être déclenchée seulement par nos pensées, parce qu’on imagine que quelque chose va se passer. » Par exemple, dans le cas d’un enfant qui sursaute ou qui crie quand un gros chien passe à côté de lui, c’est de la peur. Mais dans le cas d’un enfant qui a peur d’aller au parc parce qu’il a peur de voir un chien, c’est de l’anxiété.

Avoir des peurs et des inquiétudes, cela fait partie du développement de l’enfant. « Il est donc normal qu’un tout-petit vive parfois de l’anxiété, souligne la psychoéducatrice. Il y a beaucoup de situations nouvelles et de choses inconnues autour de lui. De plus, son cerveau n’est pas assez développé pour gérer toutes ses émotions. » Durant la petite enfance, l’anxiété est souvent passagère. À mesure que l’enfant grandit et s’adapte aux nouvelles situations, l’anxiété disparaît généralement.

Qu’est-ce qui cause de l’anxiété?

Même si tous les enfants peuvent vivre un jour ou l’autre de l’anxiété, certains sont toutefois plus anxieux de nature. Voici les principaux facteurs qui expliquent pourquoi un enfant peut ressentir davantage d’anxiété qu’un autre.

  • Le tempérament. Un enfant timide, de nature craintive, pourrait être plus anxieux.
  • La génétique. « Le plus souvent, un enfant qui montre des signes d’anxiété a au moins un parent anxieux », dit la Dre Tina Montreuil, psychologue et directrice du laboratoire de recherche sur l’anxiété et la régulation émotionnelle chez l’enfant de l’Université McGill. Les gènes jouent un rôle, mais vous pouvez aussi transmettre votre anxiété par votre comportement parce que vous êtes plus inquiet et surprotecteur avec votre enfant, par exemple.
  • Un événement qui amène un changement important dans la vie d’un enfant, comme l’arrivée d’un bébé ou une séparation. Ces événements peuvent rendre les parents plus stressés et moins disponibles pour leur tout-petit. Par exemple, Marion, 4 ans, a commencé à montrer des signes d’anxiété après la naissance de son frère. « Elle a dû se faire garder plus souvent parce qu’Arnaud a été hospitalisé deux fois après sa naissance, raconte Carl Ducharme, son papa. C’est à ce moment-là que Marion s’est mise à s’inquiéter quand elle était séparée de nous à la garderie et durant la nuit. »
  • Un manque de routines et de règles. Un enfant a besoin de règles claires et concrètes pour se sentir en sécurité, car sinon il ne sait pas à quoi s’attendre et cela peut être une source d’anxiété.
  • La pression liée à l’horaire familial. Lorsqu’un tout-petit ne passe pas assez de temps de qualité avec ses parents, il peut devenir anxieux. En effet, c’est le temps de qualité passé avec ses parents qui le sécurise, l’apaise et lui apporte du réconfort et de la stabilité.
  • Des exigences trop élevées. Un enfant peut être anxieux parce qu’il a peur de faire des erreurs et de déplaire à ses parents.

Comment savoir si mon enfant est anxieux?

Photographe famille Landes Dax- L1070706

« Quand il vit de l’anxiété, mon garçon devient comme une boule électrique, note Jolianne Korak, maman d’Alexis 3 ½ ans. Il a plein d’énergie à dépenser. Il peut se mettre à courir en pleine rue, crier, lancer des choses et me frapper. »

Comme les tout-petits n’ont pas les mots pour dire ce qu’ils ressentent, leur anxiété se manifeste par leur comportement. Certains, comme Alexis, deviennent agités et agressifs. Faire des crises de colère, pleurer, s’opposer, être plus irritable sont des signes d’anxiété. « On confond parfois l’anxiété avec l’hyperactivité parce qu’un enfant anxieux peut avoir du mal à s’autocontrôler, dit Tina Montreuil. Par exemple, il n’arrive pas à rester en place et pousse ses amis à la garderie. »

« Il y a aussi l’autre extrême, ajoute la psychologue. Un enfant timide peut n’avoir aucune réaction lorsqu’il est anxieux. » Il fige, il ne parle pas, il reste à l’écart et ne montre aucune émotion avec des personnes qu’il ne connaît pas ou dans un lieu public. C’est ce qui arrive parfois à Elyam, 6 ans. « Dans des situations nouvelles, il bloque et ne bouge plus pendant de longues minutes », rapporte sa maman, Mira Dana.

Les maux de ventre, de tête et de coeur (nausée) sont d’autres signes d’anxiété chez les tout-petits. « Les problèmes de sommeil sont aussi courants chez l’enfant anxieux, indique Marie-Ève Mongrain, psychoéducatrice au CLSC de Vaudreuil-Dorion. Il a besoin de ses parents pour s’endormir, c’est long et il se réveille la nuit. » Les parents de Marion ont vécu ce scénario pendant environ un an. « Presque chaque nuit, notre fille se réveillait pour vérifier si on n’était pas partis à l’hôpital », raconte Carl, son papa.